Mon amour de Ficus

Mon amour de Ficus - Anatolla Aniston

J’avais une plante en pot, un ficus, que j’aimais beaucoup. Il m’avait accompagné pendant dix ans, tout au long de mes déménagements. Alors que j’étais parti en vacances, j’ai demandé à mon neveu, qui restait chez moi le temps de mon absence, de s’occuper de la plante. Apparemment, elle a été arrosée, au cours d’une soirée qui devait l’être aussi, par du whisky, et le pauvre végétal a dépéri. Mon neveu, Francis, était désespéré. Il ne me parla pas de ce problème pendant que j’étais absent. Au lieu de tout me dire, il a remplacé le ficus par un autre, qu’il trouvait assez ressemblant à celui que je lui avais laissé. Lors de mon retour, j’ai tout de suite percé à jour la supercherie. Dépité, il m’a tout avoué. J’étais peiné de ne plus avoir l’arbuste auquel j’étais habitué. Cependant, je me suis vite fait à la présence du nouveau.

Tout comme pour l’autre, je l’ai bichonné, soigné, arrosé quand il le fallait. Au bout de quelques mois, il resplendissait de santé. J’avais un rendez-vous de prévu avec un conseiller, pour ma planification financière, et je suis parti juste un après-midi. Cet intervalle de temps, que j’avais jugé plutôt bref, fut trop long pour le délicat arbuste, que j’avais oublié en plein soleil sur ma terrasse. Les feuilles se sont racornies et ont jauni en quelques heures. La terre a tant séché qu’elle s’est fissurée. Pour tenter de le sauver, je l’ai dépoté et j’ai mis ses racines dans un grand seau d’eau pendant toute une nuit. Au matin, il me semblait en meilleur état que la veille. Plusieurs feuilles, encore vertes, étaient restées attachées au tronc. Je pensais qu’il était en bien meilleure santé.

Je me méfiais d’une brusque rechute et je l’ai éloigné des sources de lumière vive pendant tout l’été. En automne, des nouvelles feuilles, bien épaisses, étaient sorties. Je l’avais totalement guéri. Fier de cette réussite, je souhaitais qu’il reste longtemps dans ma vie, comme le précédent. Malheureusement, à la fin de l’hiver, j’ai dû, encore une fois, m’absenter. Ma maison, je l’ai laissé aux bons soins de ma voisine, qui a toute ma confiance. Je craignais qu’il arrive le même incident. Dès mon retour, j’ai inspecté le végétal, qui était en aussi bonne santé que lorsque j’étais parti. Je lui apporte tous les soins nécessaires et il est de plus en plus beau, à ma grande satisfaction.