Retrouvailles émotives

Juste avant de prendre mon train, j’ai réalisé que je n’avais pas emporté de manteau. Le soleil avait brillé depuis plusieurs jours, en cette fin de mois d’octobre, et je n’avais pas eu à sortir de chez moi le soir. J’étais presque habillée comme en plein été. Je me suis résolue à acheter un autre manteau, dès mon arrivée à ma destination. J’avais plusieurs heures à passer dans ce transport, j’avais donc apporté mon ordinateur portable, et je cherchais des informations sur un deuxieme hypotheque, que j’ai finalement trouvé, quand mon cellulaire vibra. Anna m’envoyait un petit message. Elle me confirmait son adresse, et elle avait même joint un lien avec un plan. C’était parfait, et je l’ai tout de suite remerciée. Sans elle, je n’aurais jamais été aussi bien accueillie lors de ce déplacement professionnel. C’était une amie que j’avais rencontrée pendant mes études.

Nous avions choisi deux branches différentes, mais nos goûts personnels étaient très proches. Des soirées entières, nous avons parlé de politique, d’économie, des changements à venir grâce à nous, la nouvelle génération. C’était euphorisant de se lancer des défis et de tenter de vivre en accord avec nos convictions. Revoir cette jeune femme me plaisait beaucoup. Je craignais, cependant, qu’elle n’ait changé. Bien sûr, nous correspondons par messagerie interposée, et nous nous appelons, de temps en temps. J’avais vu que, sur quelques sujets, nos avis divergeaient. Le fond de sa pensée ne semblait pas avoir subi de transformation, pourtant. Je ne savais donc pas si mon amie était restée la même, ou si elle avait évolué dans un sens différent, voire opposé.

J’avais combiné ce déplacement avec un hébergement chez elle pour profiter de sa présence. Je ne pouvais pas rester plus de deux jours supplémentaires. C’était déjà bien, et nous avions convenu que je ne me coucherais pas trop tard lorsque je travaillerais. Son accueil fut si agréable, que quelques larmes ont roulé sur mes joues. Son conjoint et ses enfants furent adorables. Les soirs, je n’avais rien d’autre à penser qu’à me mettre à la table familiale, puisque mon amie refusait que je l’aide en cuisine. Son mari s’occupait de coucher les deux enfants, après le souper, pour que nous puissions discuter toutes les deux plus librement. De plus, les deux derniers jours que j’ai passés en leur compagnie, ces deux jours sans obligation professionnelle, nous avons visité de beaux endroits, dont un jardin exceptionnel.