Une triste existence

Une triste existence - Anatolla Aniston

Maria, ma meilleure amie, est morte à l’âge de 23 ans. En sa mémoire, je voudrais écrire sa biographie, mais je n’ai pas encore trouvé un bon écrivain qui accepte de travailler avec moi. Je l’ai connu à l’université. Nous fréquentions la même faculté et nous sommes devenues amies après avoir intégré la même association. Elle avait fréquenté Martin, un garçon qui venait de son village. Si elle m’avait demandé mon avis, je lui aurais déconseillé de sortir avec ce garçon. J’ai toujours su qu’il ne lui apporterait que des problèmes. Il était juste intéressé par la richesse de sa famille. Il avait besoin d’elle pour financer ses études et il faisait semblant de l’aimer, mais il n’était même pas assez bon pour garder ce mensonge. Il sortait avec d’autres filles sans se cacher et il était tout simplement odieux et insupportable avec elle. Il la trompait avec sa colocataire, avec d’autres camarades de classe, ainsi qu’avec d’autres filles dont on ne savait la provenance. Quand il se faisait prendre, c’était lui qui haussait la voix, il disait tout le temps que si elle voulait continuer à le voir, elle devrait accepter le fait qu’il lui soit infidèle parce que c’est dans sa nature et que ce n’était sûrement pas elle qui arriverait un jour à le changer. Maria avait traversé beaucoup de malheurs à cause de lui, mais elle n’écoutait personne, même pas moi quand il s’agissait de cet être malfaisant. Il n’y avait rien d’intéressant chez lui, de plus, c’était un irresponsable. Et pourtant, elle n’en faisait qu’à sa tête, et elle a fini par tomber enceinte de lui. Il l’a quitté peu de temps après avoir appris la nouvelle, sans donner suite, ni lettre, ni coup de téléphone, ni rien. Elle et ses enfants n’existaient tout simplement pas à ses yeux. Les jumeaux n’ont pu atteindre l’âge de 2 ans. Martin, ainsi que tout son entourage, l’ont jugé responsable de leur décès. Ils disaient que si elle n’avait pas oublié de ranger sa crème à base d’acide hyaluronique, les bébés n’auraient pu en avaler, et seraient alors, encore en vie. Cette idée la tourmentait, sa culpabilité la rongeait de l’intérieur et elle a finalement décidé d’y mettre un terme. Un soir, elle m’avait écrit des mots disant qu’elle n’avait plus sa place dans ce monde. J’ai tenté de la raisonner, mais sa décision était prise. Le lendemain, son frère m’a appelé pour m’annoncer qu’elle avait mis fin à ses jours.